Tribune « A l’ère des écrans, l’antisémitisme se socialise » co-signée par Isabelle de Mecquenem

Publié le 18 octobre 2019

Par Céline Masson, référente racisme et antisémitisme, professeure des universités, Centre d’Histoire des Sociétés, des Sciences et des Conflits (CHSSC), Université de Picardie Jules-Verne.

Isabelle de Mecquenem, référente racisme et antisémitisme, professeure agrégée en INSPE, Université de Reims-Champagne-Ardenne, membre du Conseil des sages de la laïcité

Claude Maillard, psychanalyste, médecin, écrivain

Rose, étudiante en médecine, a dénoncé des comportements antisémites chez ses camarades de promotion au début de l’année universitaire 2018 : blagues sur les juifs, leur « perfidie » et leur « cupidité » légendaires, mais encore photomontages et « jeux » tournant la Shoah en dérision. Rose, inscrite en deuxième année de médecine à l’Université de Paris 13, relate un véritable climat d’intimidation s’exprimant par clichés antijuifs toujours enrobés d’humour.

Donnons l’exemple d’une des captures d’écran échangée entre étudiants. Il s’agit de la photo d’un étudiant d’origine juive (identifié comme tel par Rose) prise lors du week-end d’intégration 2018, qui s’accroche à un grillage, le visage grimaçant, les yeux levés au ciel, imitant et tournant en dérision les déportés juifs. L’image postée sur le groupe Whatsapp des étudiants a été ainsi commentée : « Hahaha, autours (sic) du juif maintenant, on dirait qu’il est à Ausw*le Crif a momentanément coupé votre connexion internet ». L’évocation d’Auschwitz associée au rire sardonique se fait sous le nom amputé de son witz.

Saisi de ce dossier, le parquet de Bobigny décidait pourtant de classer l’affaire sans suite, faute de preuves suffisantes. Ce qui a conduit Rose à se constituer partie civile pour obtenir l’ouverture d’une information judiciaire. Mais, en septembre 2019, cette dernière et son avocat apprennent que le magistrat ordonne son « expertise psychologique ». Rose, dépitée et consternée, décide alors d’abandonner les poursuites...

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