Projet scientifique 2018-2022

Territoires en transformation : (dé)mondialisation et durabilité

L’expression de « Territoires en transformation », qui est au cœur du nouveau projet du laboratoire Habiter, présente l’avantage de regrouper la diversité des questionnements et des terrains respectifs investigués par ses différents membres à différentes échelles, notamment ceux qui interrogent la notion de « crise » sous ses différentes acceptions, de même que les mutations qu’elles sous-tendent.

L’objectif du nouveau projet est notamment d’analyser ces transformations au prisme de deux entrées majeures pour comprendre la marche du monde contemporaine : (dé) mondialisation et durabilités.

« (Dé) mondialisation »

En choisissant cette expression originale, qui fait explicitement référence à un couple désormais peu dissociable (un processus d’ouverture au monde qui s’approfondit depuis le milieu des années 1980 et, concomitamment, un autre processus de fermeture qui se dessine depuis les années 2007-2008), l’équipe Habiter entend rendre compte de manière originale de contextes et de phénomènes très complexes, dont les soubresauts contemporains (encore peu étudiés) renouvellent profondément les analyses portées jusqu’à maintenant. A la mondialisation triomphante des années 1980-2007, a succédé un regard beaucoup plus critique et inquiet. La mondialisation est ainsi fréquemment remise en question, ou attaquée, et sa réversibilité partielle dans de nombreux domaines ne relève plus de l’improbable. Les représentations et les perspectives ont ainsi beaucoup évolué, ce que souligne le « dé » de dé-mondialisation.

Deux des fondements parmi les plus solides de la marche du monde - la mondialisation et la construction de l’Union européenne -, s’en sont trouvés ébranlés, au point de devenir pour une frange croissante de la population, des symboles de contrainte et de désespoir social. Si la mondialisation, en tant que processus, ne semble pas pour autant être remis en cause en raison de la solidité de ses fondamentaux, un mouvement inédit de « démondialisation » gagne indéniablement du terrain, suite aux poly-crises actuellement à l’œuvre.

Durabilités

La question des durabilités constitue depuis plusieurs années l’une des spécificités du laboratoire Habiter. Cette question est envisagée à l’échelle urbaine et territoriale, en mettant l’accent sur le rôle et la portée des acteurs. En ce sens, trois objets seront privilégiés dans le cadre du prochain quadriennal, et sur lesquels des travaux ont d’ores et déjà été entrepris et des projets de recherches sont en cours.

Tout d’abord, la diffusion et la montée des politiques numériques implique de s’interroger sur la production de nouveaux modèles d’aménagement durable, en particulier les smart cities (villes intelligentes). L’équipe privilégiera une approche théorique et critique de ces nouveaux modèles, qui s’inscrivent, par ailleurs, dans une logique mondialisée de l’urbanisme et d’importation de modèles. Elle étudiera ensuite les effets de l’application de ces modèles urbains de développement durable sur les modes de vies citadins. En ce sens, les recherches engagées sur les rythmes quotidiens des habitants seront poursuivies et développées : implications de la smart city sur les rythmes urbains des citadins, conséquences des politiques urbaines de durabilité sur les usages de la ville nocturne. Il s’agit là d’éléments encore très peu explorés tant en urbanisme qu’en études urbaines.

Enfin, l’un des défis majeurs pour le développement durable est d’inclure la dimension sociale dans l’analyse des systèmes écologiques. Cela est fondamental pour réussir toute transformation vers la durabilité. Les actions en faveur du développement durable se limitent souvent à des politiques environnementales. Or, la mise en œuvre de ces mesures se heurte à de nombreux enjeux sociaux et économiques. En même temps, les études scientifiques sur la durabilité se sont longuement focalisées sur les dynamiques écologiques. L’intégration des SHS dans le champ disciplinaire émergent de la science de la durabilité forme un chantier important, l’EA habiter entend y contribuer. Elle s'intéressera tout particulièrement aux systèmes socio-écologiques de proximité qui contribuent à la transformation du territoire en laboratoire de durabilité.