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Tonte tardive à l’URCA : quand laisser pousser l’herbe devient un geste pour la planète

Des fleurs et des hautes herbes peuplent l’université parmi les personnels et les étudiants. L’Université de Reims Champagne-Ardenne a décidé de changer sa manière de gérer les pelouses de ses campus : désormais, certaines zones ne seront plus tondues régulièrement, mais seulement deux ou trois voire une seule fois par an, en fin de cycle. Une pratique appelée tonte tardive ou fauche différée, déjà adoptée par plusieurs collectivités en France.

Derrière ce choix en apparence simple, les effets positifs sont nombreux, pour la nature, le climat, et même pour le budget.

Respecter les rythmes du vivant

La tonte tardive n’est pas qu’une simple question d’entretien : elle permet de laisser s’exprimer la nature.

« À cette période, les cycles biologiques sont assurés, aussi bien pour les végétaux que pour les animaux », explique Franck Dargent, enseignant- à l’URCA. Fleurs et graminées ont le temps de fleurir, de produire graines et fruits, nourrissant ainsi pollinisateurs, organismes granivores et fructivores. Des espèces discrètes, comme les orchidées sauvages ou les muscaris, trouvent aussi leur place.

Cette approche bénéficie également aux oiseaux nicheurs au sol et à l’entomofaune (insectes), dont les cycles de reproduction sont respectés. Même le lapin de garenne, en forte régression dans la région, y trouve un habitat favorable.

Des bénéfices écologiques concrets

Pour Sylvain Cordelier, vice-président en charge du patrimoine immobilier et enseignant-chercheur à l’URCA, la démarche contribue directement au maintien et à l’augmentation de la biodiversité.

Elle agit à plusieurs niveaux :

  • Maintien de zones refuges pour les insectes et petits animaux,
  • Propagation des espèces végétales grâce à la production de graines,
  • Capture renforcée de CO₂ par les herbes hautes,
  • Réduction de l’îlot de chaleur urbain grâce à une meilleure rétention d’humidité dans les sols,
  • Limitation du tassement des sols et de la consommation de carburant en réduisant les passages d’engins.

Autant d’éléments qui transforment la pelouse en un véritable écosystème vivant au cœur des campus.

Bon pour la nature et l’économie

La tonte tardive est aussi une source d’économies substantielles. En réduisant la fréquence de passage des engins, l’université diminue sa consommation de carburant, limite l’usure du matériel et optimise le temps de travail des agents. Les coûts directs d’entretien baissent, tandis que les bénéfices environnementaux augmentent : moins d’émissions de CO₂, moins de déchets verts à gérer, davantage de biodiversité préservée.

La matière organique issue des tontes peut par ailleurs être exportée puis compostée, afin d’éviter l’enrichissement excessif des sols. Des sols pauvres en azote et matière organique – dits oligotrophes – favorisent en effet la diversité floristique recherchée.

Un projet évolutif et partagé

L’URCA envisage d’étendre progressivement les zones concernées par la tonte tardive dès l’an prochain, en recherchant en permanence un compromis entre biodiversité, sécurité et usages des campus.

Ce projet a aussi une dimension pédagogique forte : des panneaux explicatifs viendront prochainement informer étudiants, personnels et visiteurs des raisons et bénéfices de cette démarche, renforçant ainsi son acceptabilité sociale.

Et si vous testiez chez vous ?

Ce que l’URCA met en place sur ses campus peut aussi se faire… dans votre jardin. Laissez pousser une partie de votre pelouse jusqu’à l’été avant de la tondre : vous verrez apparaître plus de fleurs, plus d’insectes, et moins de zones jaunies par la chaleur.

Pas besoin d’arrêter totalement la tonte : il suffit parfois de garder un coin “prairie” et de tondre le reste plus régulièrement, cette pratique a un nom : la tonte raisonnée. En plus, vous gagnerez du temps et économiserez de l’essence.

Comme le souligne Franck Dargent, enseignant- à l’URCA, « la fauche tardive, c’est un compromis entre les usages humains et le respect des cycles naturels ».