SciLab : des lycéennes et lycéens étudient l’éco-anxiété
Face au changement climatique, l’inquiétude gagne une partie de la jeunesse. Mais comment distinguer une préoccupation légitime pour l’avenir d’une anxiété qui affecte véritablement le quotidien ? Une meilleure compréhension des enjeux environnementaux renforce-t-elle cette inquiétude ou permet-elle, au contraire, de retrouver une capacité d’action ? Le projet SciLab a invité des lycéens marnais à étudier eux-mêmes ces questions grâce aux outils de la recherche scientifique.
Porté par Accustica, le projet associe l’Université de Reims Champagne-Ardenne, le laboratoire Cognition, Santé, Société (C2S), ATMO Grand Est ainsi que le rectorat de l'académie de Reims au travers de trois établissements : le lycée Marc-Chagall à Reims, le lycée Jean-Talon à Châlons-en-Champagne et la cité scolaire François-Ier à Vitry-le-François. La démarche scientifique est coordonnée par la Dre Marie Olivier, enseignante-chercheuse au département de psychologie de l’UFR Lettres et sciences humaines de l’URCA, et ancienne vice-présidente déléguée à la responsabilité sociétale et à la transition écologique.
Deux groupes pour une recherche participative
Le fonctionnement du projet repose sur deux groupes en miroir dans chacun des trois lycées. D’un côté, des élèves se formaient aux enjeux environnementaux et à la qualité de l’air avec ATMO Grand Est. De l’autre, leurs camarades observaient les effets de ce parcours et les étudiaient avec les outils de la recherche en psychologie.
Dans chacun des trois lycées, un groupe d’élèves a ainsi participé à un parcours consacré à la qualité de l’air. Au total, plus de 70 lycéens ont été sensibilisés aux enjeux environnementaux, puis invités à répondre à un questionnaire avant et après cette expérience. Leurs réponses devaient permettre d’observer une éventuelle évolution de leur niveau d’éco-anxiété et de leurs comportements favorables à l’environnement.
En parallèle, un second groupe, composé au total d’environ 25 élèves, a pris le rôle de chercheur sous l’accompagnement de Marie Olivier. À distance, mais avec une attention soutenue, ces lycéens ont étudié leurs camarades de l’autre côté du miroir : ils ont formulé des hypothèses, construit un questionnaire, recueilli et analysé les données, puis interprété les résultats. Leur objectif était de déterminer si une meilleure connaissance de la qualité de l’air pouvait modifier les réponses des participants.
« L’objectif était de les former à la méthode scientifique », explique Marie Olivier. Une ambition pleinement investie par les participants : « Ça levait la main tout le temps ! » La chercheuse retient notamment leur compréhension des spécificités de sa discipline : « Les groupes “recherche” ont compris qu’en psychologie, on mesure. On ne regarde pas quelqu’un dans les yeux en supposant ce que cette personne pense. »
En participant directement à la construction de l’étude, les jeunes ont également appris à limiter les biais, à anonymiser les réponses et à respecter les principes éthiques indispensables à toute recherche impliquant des personnes.
Crainte pour l’avenir ou symptômes anxieux ?
Les résultats obtenus dans les trois lycées ont réservé une surprise. Sur une échelle allant de 13 à 65, le niveau moyen d’éco-anxiété mesuré s’établit autour de 15, soit un niveau faible. Cette moyenne ne doit toutefois pas masquer certaines situations individuelles : quelques élèves présentent des scores beaucoup plus élevés, pondérés dans les résultats globaux par ceux du reste de leur classe.
Les réponses révèlent surtout une inquiétude à l’égard du futur, sans qu’elle s’accompagne généralement de manifestations anxieuses dans la vie quotidienne. « C’est de la crainte pour l’avenir, mais cela ne se traduit par aucun symptôme de l’anxiété », résume Marie Olivier.
Cette distinction est importante. Dans les médias, le terme d’éco-anxiété est fréquemment employé pour désigner toute inquiétude liée à l’avenir de la planète. Or, en psychologie, les symptômes anxieux renvoient à des manifestations plus précises, comme des troubles du sommeil ou de la concentration. Être préoccupé par les conséquences du changement climatique ne signifie donc pas nécessairement souffrir d’un trouble anxieux.
L’étude ne met par ailleurs pas en évidence de différence notable entre les réponses recueillies auprès du groupe accompagné par ATMO Grand Est avant et après le parcours sur la qualité de l’air. Mais l’absence de changement ne signifie pas l’absence de résultat. En science, une hypothèse qui n’est pas confirmée apporte elle aussi une connaissance : elle conduit à interroger la méthode, la durée de l’intervention, les outils de mesure ou encore les facteurs susceptibles d’influencer les réponses. Chaque résultat, y compris lorsqu’il déjoue les attentes, nourrit ainsi de nouvelles réflexions et de futures recherches.
L’enquête met également en lumière une présence encore limitée des comportements favorables à l’environnement parmi les élèves interrogés, particulièrement dans les domaines de l’alimentation et de l’habillement. Ce constat ouvre d’autres questions : comment passer de la prise de conscience à l’action ? Quels leviers collectifs peuvent rendre des choix plus durables accessibles à tous ?
Faire de la recherche une démarche collective
En ouvrant la méthode scientifique aux lycéens, SciLab leur donne des outils pour comprendre leurs émotions, examiner leurs propres pratiques et dépasser les idées reçues. Pour Marie Olivier, cette transmission constitue déjà une manière d’agir : « Pour moi, une des clés, c’est d’éduquer. C’est une façon comme une autre de faire avancer les choses. »
Chercheurs, enseignants, associations et établissements scolaires peuvent ainsi imaginer de nouvelles collaborations autour des préoccupations de la jeunesse. Le projet SciLab sera d’ailleurs prochainement reconduit, offrant à d’autres élèves la possibilité de devenir acteurs de la recherche. Nous vous tiendrons prochainement informés de cette nouvelle édition.

