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Des démonstrateurs de la biodiversité urbaine au campus Moulin de la Housse

Et si les espaces verts d’un campus devenaient à la fois des refuges pour la biodiversité, des outils pédagogiques et des alliés face au réchauffement climatique ? C’est l’ambition du projet « Créer des démonstrateurs de la biodiversité urbaine », porté conjointement par l’Université de Reims Champagne-Ardenne et le CREPS de Reims. Sur le campus Moulin de la Housse, la biodiversité sort du laboratoire.

Sur le campus Moulin de la Housse, le projet transforme progressivement les espaces extérieurs en un véritable terrain d’observation du vivant. Pelouse calcaire, prairie en fauche tardive, verger, fruticée ou zone laissée en libre évolution : plusieurs milieux se côtoient désormais pour montrer comment la végétation se développe et se transforme au fil du temps.

L’objectif n’est pas seulement de protéger la nature présente sur le campus. Il s’agit aussi de la rendre visible et compréhensible par les étudiants, les personnels, les scolaires et les visiteurs.

Planter, restaurer et laisser pousser

Parmi les actions déjà réalisées figurent la plantation de 144 arbres et arbustes, dont des fruitiers, ainsi que la restauration de 200 m² de pelouse calcaire. Près de 80 étudiants et personnels ont participé à la plantation. Les variétés fruitières ont notamment été choisies pour permettre des récoltes en dehors de la période estivale, lorsque le campus est fréquenté.

Ces plantations contribueront progressivement à créer de l’ombre, à rafraîchir les abords des bâtiments et à offrir de nouveaux habitats à la faune. La fauche tardive complète cette démarche : en réduisant le nombre de tontes et en laissant certaines herbes accomplir leur cycle, elle permet aux plantes de fleurir et de produire leurs graines, tout en maintenant des zones de refuge et d’alimentation pour les insectes et les petits animaux.

Ces pratiques demandent parfois de changer de regard. Une prairie haute n’est pas un espace abandonné : elle peut, au contraire, témoigner d’une gestion réfléchie, moins consommatrice de carburant et plus favorable aux sols comme à la biodiversité.

Un campus vivant, étudié par les étudiants

Le projet, mené respectivement par Franck DARGENT et Nursel YANASMA, s’appuie également sur un important travail scientifique. Gaétan Behé, Maëlle Coussens et Lou Kuhnle, étudiants en licence professionnelle Métiers de la protection et de la gestion de l’environnement de l'UFR Science Exactes et Naturelles, ont participé à l’inventaire de la faune et de la flore, à la cartographie des habitats et à la conception d’un protocole de suivi.

En croisant leurs observations avec des données antérieures, 295 espèces ont déjà été confirmées sur le campus Moulin de la Housse : plantes, champignons, insectes, oiseaux, mammifères ou encore araignées. Cette diversité est favorisée par la coexistence de plusieurs habitats et par une gestion différenciée des espaces verts. Les inventaires se poursuivront au printemps et en été afin d’enrichir cette première photographie du vivant.

Le projet associe par ailleurs le CREPS de Reims, l’école Adriatique, le rectorat de l’académie de Reims, la Maison pour la science, ainsi que différents partenaires et spécialistes naturalistes. Il devient ainsi un support de formation, de médiation scientifique et de coopération avec le territoire.

Une réponse locale à un climat qui change

À Reims, l’adaptation à la chaleur devient un enjeu très concret. En avril 2025, la ville figurait déjà parmi les plus chaudes annoncées en France, avec 27 °C dès la fin du mois. En juin 2026, la France a ensuite connu plusieurs des journées les plus chaudes jamais mesurées à l’échelle nationale. Dans le Grand Est, Météo-France prévoit qu’à l’horizon 2050, les nuits à plus de 20 °C pourraient devenir cinq fois plus fréquentes.

Face à cette évolution, arbres, sols vivants et prairies ne constituent pas une solution unique, mais des leviers utiles : ils apportent de l’ombre, retiennent davantage d’humidité et limitent localement l’accumulation de chaleur. Ils rendent aussi les espaces universitaires plus agréables et plus accueillants.

Prochaine étape visible du projet : l’installation de cinq panneaux pédagogiques sur le campus. De la pelouse calcaire à la fruticée, en passant par le verger et les prairies en fauche tardive, ils inviteront chacun à découvrir ce qui se joue derrière une herbe que l’on laisse pousser ou un arbre que l’on plante. Le campus deviendra ainsi un démonstrateur à ciel ouvert, où comprendre la biodiversité constitue déjà une manière d’apprendre à mieux la préserver.