1/ Où en est le projet à l’exacte moitié de son existence ?
Essaid Ait Barka (E.A.B) : Trans-Lipo s'inscrit dans la continuité de SmartBioControl et du portefeuille Biocontrol 4.0 : on capitalise sur des biomolécules, lipopeptides et glycolipides, déjà identifiées comme prometteuses par la plateforme de criblage Bioscreen et testées en conditions réelles par BioProtect, pour aller plus loin vers des solutions utilisables au champ contre des bioagresseurs clés de la région transfrontalière, comme le mildiou de la pomme de terre et du poireau ou la septoriose du blé.
Le projet a justement franchi des étapes décisives ces six derniers mois. Sur le plan de l'efficacité, la fengycine s'est confirmée comme notre molécule phare : elle réduit de plus de 30 % les lésions foliaires causées par la septoriose du blé et ralentit le développement de la tavelure du pommier ; combinée à la surfactine dans certaines proportions, elle supprime même totalement la croissance du champignon pathogène, à des doses bien plus faibles qu'en solo. Côté production, l'Université de Lille a optimisé le milieu de culture bactérien, augmentant la production de fengycine de 75 % par rapport à la référence, une étape clé avant la montée en échelle. L'Université de Liège a, de son côté, mis en lumière un mécanisme inédit par lequel la surfactine permet aux bactéries bénéfiques de s'installer durablement dans les racines des plantes sans déclencher de rejet immunitaire. Et côté sécurité d'emploi, l'UCLouvain a confirmé que nos molécules n'affectent pas les champignons bénéfiques du sol ni les symbioses mycorhiziennes déjà en place, une condition essentielle pour une future homologation.
Cette dynamique s'élargit aussi au-delà du consortium, avec des réunions communes avec Trans-Control et Trans-PathoFlax pour préparer les premiers essais aux champs en 2026. Les prochains mois seront consacrés à l'étude de l'effet des facteurs environnementaux, température, humidité, sur la performance de ces molécules, avec un même horizon pour le projet : voir au moins deux de ces solutions de biocontrôle adoptées par des organisations partenaires, partager nos résultats à travers publications et communications scientifiques, et faire perdurer cette coopération transfrontalière bien au-delà de la durée du projet.
2/ Comment s'organise la collaboration entre les six partenaires ?
E.A.B. : Chaque partenaire apporte une pièce complémentaire du puzzle, et cette complémentarité se traduit très concrètement sur le terrain. L'URCA caractérise les effets des molécules biosourcées et coordonne l'ensemble du consortium ; l'Université de Liège (GxABT) et l'Université de Lille travaillent sur l'optimisation de la production, Bacillus pour l'une, génie métabolique et purification pour l'autre, qui teste aussi la toxicité et la mutagénicité des molécules et fournit aux autres équipes les lots de biomolécules purifiées dont elles ont besoin pour leurs essais. UGent apporte sa collection unique de Pseudomonas productrices de lipopeptides, et travaille avec l'Université de Lille sur la suppression du mildiou de la laitue. Junia et l'UCLouvain, avec l'URCA et UGent, se concentrent sur le pathosystème blé/septoriose, Junia apportant en plus son expertise sur la résilience des cultures aux stress ; l'UCLouvain, de son côté, coordonne l'évaluation de l'innocuité des molécules sur les organismes non-cibles bénéfiques du sol.
Cette dynamique s'appuie sur une habitude de travail commune, construite au fil des projets SmartBioControl et Bioscreen, et elle se concrétise par des réunions régulières et un partage systématique des résultats.