Atelier La force de l’ordre : le conservatisme entre démocratie et exception - 2021 à Reims

Ce projet de recherche a pour objectif de proposer un éclairage historique sur la rupture politique vécue dans différents pays européens, américains - ou asiatiques - depuis 2017, c’est-à-dire l’arrivée au pouvoir de forces politiques proposant un rapport renouvelé à la fois au conservatisme et à la démocratie. L’émergence de dirigeants politiques d’un type nouveau (Orban, Erdogan, Duterte, Trump, Bolsonaro) se déroule avec pour toile de fond un profond discrédit pour la classe politique, mais également une forte progression de revendications conservatrices, sociétales, économiques et idéologiques. Notre objectif est en effet de donner une profondeur historique en interrogeant la relation d’un conservatisme défini de façon plurielle (voir sur ce sujet l’ouvrage dirigé par Cl. Berthezène et J.-C. Vinel, Conservatismes en mouvement : Une approche transnationale au XXe siècle, 2016) à la démocratie et en analysant les thématiques, traits socio-politiques et modes d’organisation mis en avant par le camp politique conservateur : omniprésence des valeurs de l’ordre, de l’anticommunisme et du masculinisme, racialisation et désécularisation du politique, résurgence d’une mémoire positive des dictatures et des totalitarismes, renouvellements de la pensée néolibérale, rôle majeur donné aux forces de l’ordre.

Nous souhaitons mener une réflexion sur la nature et la dénaturation des régimes en interrogeant les idées d’ordre, de démocratie et d’exception. La force de l'ordre fait référence aux moyens et aux instruments de la gouvernance. La force est-elle une qualité même des gouvernements plutôt que leur complément ? Les deux propositions ne sont pas exclusives, on peut penser la nature du régime et aussi poser la question des moyens utilisés pour gouverner. Il s’agit de comprendre comment sur le long terme le conservatisme s’accommode de la démocratie, en en proposant au besoin une définition altérée, minimaliste ou illibérale fondée sur l’ordre et l’exception.

Ce projet de recherche est pensé dans une dimension résolument comparatiste en proposant un éventail comparatif relativement inédit par sa composition et sa diversité : Allemagne, Portugal, États-Unis, Brésil. Il s’agit de comprendre comment des pays aux traditions et aux évolutions politiques diverses ont fait l’expérience, à un moment ou un autre de leur histoire, d’une redéfinition de la démocratie fondée sur l’exception. La période d’étude correspondra à un long XXe siècle allongé du début du XXIe siècle, afin de prendre en compte l’influence des deux guerres mondiales et de la période hyper contemporaine.

Ce programme de recherche se déroulera pendant deux-trois années universitaires (2020-2023) et il se déploie en trois temps : d’abord un atelier qui se tiendra à Reims en 2021, puis un colloque à Paris et, enfin, une publication. En plus des laboratoires sollicités pour son financement, il sera appuyé par l’EHESS et nous allons également répondre à l’appel à projet de l’Institut des Amériques. Il comptera d’abord sur la participation d’enseignants chercheurs portugais (Antonio Costa Pinto – Universidade de Lisboa) et brésiliens (Diogo Cunha – Universidade Federal de Pernambuco) et états-uniens. Il visera à structurer la recherche autour d’un collectif international de chercheurs. Ce collectif initialement réduit se réunira à l’URCA dans un atelier afin d’élaborer les modalités du questionnement transnational qui structurera les travaux. Puis il s’élargira à l’occasion de l’organisation d’une journée d’études en 2021 ou 2022, à l’EHESS. Enfin les travaux seront publiés dans une revue à comité de lecture à l’horizon 2022-2023.

Contacts :
Rodrigo NABUCO DE ARAUJO (CIRLEP) rodrigo.nabuco-de-araujo@gmail.com
Nadia VARGAFTIG (CERHiC) nadia.vargaftig@univ-reims.fr