« Les terres riches et oubliées de la Champagne : entretien avec Adrien ARAS-GAUDRY »


La recherche à l'URCA ne s'appuie pas uniquement sur ses enseignants-chercheurs mais sur ses doctorantes et doctorants inscrits au sein de nos 33 unités de recherche.
Ce premier portrait est consacré à Adrien Aras-Gaudry (dire à quel labo il est rattaché et quel est le titre de sa thèse, voire sa date de soutenance le 11 décembre prochain) qui répond à nos questions (en dévoilant son meilleur profil au passage).
Présentez-vous en quelques mots :
Je suis né et j'ai grandi à Reims. Je suis diplômé en architecture de l'ENSAPLV, puis 3 ans en agence d'architecture avant de découvrir les chantiers participatifs de construction avec les matériaux naturels, traditionnels et locaux. Formation théorique à la rénovation énergétique et biosourcé des bâtiments puis pratique à la maçonnerie en terre crue. Implication dans le milieu associatif, 2 ans de pratiques de maçonnerie sur le patrimoine en terre breton et participation à la création de la communauté EMMAÜS terre (briqueterie solidaire) de Chevaigné (35). Bref, tout ça pour dire que je suis engagé sur les questions d'inégalités sociales et pour la réappropriation des savoirs vernaculaires partagés. Puis 4 ans de thèse au GEGENA, avec la dernière année en parallèle en tant qu'ingénieur d'étude au laboratoire ITheMM financé par Châlons-Agglo, autour de la terre crue toujours.
Qu'est-ce qui vous a attiré vers votre domaine de recherche ?
Avoir le temps de redécouvrir un patrimoine oublié et dénigré (au sein duquel j'ai grandi sans en avoir conscience). Démontrer qu'on peut construire avec la terre et qu'on l'a toujours fait. Pas besoin de détruire la planète et les humains sous toute formes de dominations quelles qu'elles soient.
Vous avez fait MT180 secondes, êtes-vous capable de présenter votre thèse en 180 mots ?
La thèse porte sur le patrimoine en terre crue de la Champagne. Elle révèle une culture constructive locale, riche mais oubliée : le carreau de terre ; et offre des pistes de réflexions pour imaginer de nouvelles manières de construire localement. Ce travail s’inscrit dans le mouvement de la redécouverte des architectures de terre en France, témoignant de nouvelles histoires constructives à contre-courant des récits dominants du champ de la construction actuelle. L’approche développée tisse un récit des diverses réalités par une recherche pluridisciplinaire. Nous découvrons près de 2 000 ans d’histoire d’une culture constructive répartie majo-ritairement sur la Champagne crayeuse, aussi bien en milieu rural qu’urbain : le carreau de terre est un matériau essentiel de l’extension urbaine de Reims au 19e siècle ; mais également présent dans les villes de Troyes, Châlons-en-Champagne et Épernay. Le carreau de terre, par ses caractéristiques mécaniques, hygrothermiques et de réemploi, permet d’imaginer la réalisation de bâtiments confortables et sains. Toutefois, l’état de préservation de ce patrimoine et le changement de paradigme nécessaire du secteur du bâtiment, nous amènent à envisager une dynamique locale basée sur une éthique environnementale de la construction, autour de la notion du care et en faveur d’un savoir-faire local partagé.
Quelle est la suite pour vous maintenant que vous êtes docteur ?
A vrai dire je ne sais pas trop. J'ai surtout besoin de retrouver la terre à travers les chantiers et le partage avec d'autres personnes. Développer des activités de recherche en parallèle pourquoi pas, mais surtout pour de la recherche publique et avec du chantier. Les activités d'enseignement me plaise aussi, mais j'attends de voir venir. Enfin, continuer à découvrir et faire découvrir ce patrimoine champenois, à travers les activités de notre association Des Idées Plein La Terre (conférences, ateliers, etc.) et pourquoi pas travailler ce sujet à travers une approche plus sensible sous forme de conte par exemple.