"Impact de la fragmentation du paysage sur le Hérisson d'Europe et rôle de la haie pour l'espèce" : entretien avec Rose Delamare


La recherche à l'URCA ne s'appuie pas uniquement sur ses enseignants-chercheurs mais sur ses doctorantes et doctorants inscrits au sein de nos 33 unités de recherche.
Ce troisième portrait est consacré à Rose Delamare (doctorante rattachée au CERFE, le GEGENA et le Lab-I avec un sujet de thèse un peu différent des précédents mais tout aussi passionnnant.
Présentez-vous en quelques mots :
Lorsque j’ai passé mon bac, je ne pensais pas faire des études longues, ni me diriger vers la recherche, j’en avais marre de rester enfermée en cours. Mon parcours universitaire a été mouvementé, et j’ai toujours choisi des formations techniques pour pouvoir sortir des salles de classes habituelles : DUT, licence pro, service civique, pour finir en master Éthologie et Écologie à St Étienne. Ce qui m’a motivée et orientée tout au long de mon parcours sont les nombreux stages que j’ai eu la chance de faire. Aujourd’hui je suis en 2ème année de thèse, sur un programme qui regroupe 3 labos de recherche de l’URCA : le CERFE, le GEGENA et le Lab-I*.
Qu'est-ce qui vous a attiré vers votre domaine de recherche ?
Pendant de mes stages de master j’ai découvert l’éco-éthologie et la recherche sur la faune sauvage à travers les travaux du CERFE. Concrètement, il s’agit d’étudier les comportements des animaux dans leur milieu naturel.
Depuis toujours je voulais travailler avec les animaux, mais je ne voulais pas qu’ils soient en captivité, l’étude de la faune sauvage m’est donc apparue comme une évidence. Aujourd’hui je me rends compte à quel point celle-ci est peu connue et à quel point les activités humaines impactent les animaux sauvages. Il me parait indispensable de mieux les connaitre pour mieux les préserver des nos activités néfastes
Vous avez fait MT180 secondes, êtes-vous capable de présenter votre thèse en 180 mots ?
Je n’ai pas participé à MT180, mais je peux essayer de présenter mon projet en 180 mots :
Dans un contexte où les activités et infrastructures humaines modifient toujours plus le paysage, nous avons peu d’informations sur l’impact de la fragmentation du territoire sur la faune sauvage. Ma thèse étudie ces impacts sur le hérisson d’Europe, une espèce commune mais en déclin en Europe, et plus particulièrement le rôle de la haie pour l’espèce. Concrètement, j’essaye d’une part de quantifier le déclin du hérisson dans le nord des Ardennes en me basant les données d’une précédente étude, et d’autre part je m’intéresse aux déplacements des hérissons. Pour cela j’utilise des suivis GPS qui m’indiquent quels milieux ils utilisent réellement et pour quelle activité (par exemple les jardins pour manger). Je porte une attention particulièrement aux haies qui sont décrites comme des couloirs de déplacement pour la faune (sensées pallier la fragmentation du paysage), mais dont nous savons peu de choses sur le rôle réel pour la faune. J’utilise aussi des analyses génétiques, avec pour objectif de mettre en évidence des éléments du paysage qui favoriseraient les mouvements de populations, et donc le brassage génétique, comme par exemple les haies.
Et en quelques mots de plus : ce qui me plait dans ma thèse c’est qu'elle me permet de développer de multiples compétences - le sens pratique sur le terrain, l’expérimentation animale et la législation associée, la cartographie, l’analyse de données statistiques, la programmation, la communication avec le grand public ainsi que les différents acteurs de terrain, etc. Les journées ne se ressemblent pas !
Quelle est la suite pour vous maintenant que vous êtes docteure ?
Après ma thèse, je n’envisage pas d’être enseignante-chercheuse pour le moment, mais j’aimerais continuer à travailler dans la recherche publique, peut-être dans des organismes comme le CNRS. Je souhaite que ma contribution à la recherche puisse profiter au plus grand nombre. Il me parait primordial que la recherche reste publique dans le contexte politique et climatique que nous connaissons. Les faits scientifiques constituent une des dernières barrières aux fake news et autres dérives idéologiques.
Crédit photos : Céline Lecomte