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C’est par un appel téléphonique le 1er janvier dernier que le professeur Patrick Demouy a appris la bonne nouvelle : en mars prochain, celui-ci recevra officiellement l’insigne de la Légion d’Honneur des mains de son parrain Camille Mangin. Distingué au titre de la grande chancellerie de l’Ordre, instance transcendant les différents ministères, le nom de Patrick Demouy rejoindra donc bientôt, entre autres prédécesseurs à l’URCA, celui du professeur émérite Claude Séverin, ancien président de 1992 à 1997, du directeur de l’IUT Reims-Châlons-Charleville Yves Delmas, du directeur du Centre de Recherche sur la Décentralisation Territoriale (CRDT, EA 3312) Jean-Claude Némery ou du professeur Colette Padet, ancienne vice-présidente du conseil d'administration de l'URCA. « Cette décoration est venue d’une instance qui fédère les différents ministères et après tout cela peut correspondre un peu à mon parcours qui associe différentes voies du service public », nous explique cet expert de la cathédrale Notre-Dame de Reims qui revient avec plaisir sur les circonstances de cette nomination.
Propos recueillis par le service communication.

« Cette décoration est venue d’une instance qui fédère les différents ministères et après tout cela peut correspondre un peu à mon parcours qui associe différentes voies du service public » nous confie Patrick Demouy au sujet de son titre de Chevalier de la Légion d'Honneur.
Service Communication (S.C.) : Monsieur Demouy, pouvez-vous nous retracer la genèse de votre nomination à la promotion du Nouvel An de la Légion d’Honneur ?
Patrick Demouy (P.D.) : J’ai pu déceler un certain complot mené particulièrement par des amis de la Cathédrale et ceux qui comme moi partagent la passion du patrimoine de Reims car, vous le savez sans doute, l’on ne demande pas la légion d’honneur, il faut être proposé par des amis qui vous veulent du bien. Cette nomination n’a pas été une totale surprise mais je ne pouvais pas savoir si cette demande aboutirait ni quand. Quand j’ai reçu un coup de téléphone le 1er janvier vers midi m’annonçant que j’avais la Légion d’Honneur cela a été une bonne nouvelle que je ne m’attendais pas à recevoir si tôt !
S.C. : « Ce complot » se tramait en amont depuis quelque temps déjà ?
P.D. : Depuis longtemps, je suis fort impliqué dans la vie culturelle de Reims et j’ai été plus particulièrement engagé en 2011 à l’occasion du huit-centenaire de la Cathédrale de Reims, élément qui, je pense, a déclenché le processus. Cette célébration avait pour but de rendre la cathédrale compréhensible et si possible familière à la population de Reims et d’ailleurs, et de ce point de vue, le rôle de l’historien est d’être un médiateur, en s’efforçant de clarifier et de proposer une lecture, une compréhension, interprétation du sens du monument. Beaucoup de Rémois connaissent la cathédrale mais, celle-ci faisant partie intégrante de notre paysage, la regardent parfois sans la voir : à travers ses différentes manifestations, le huitième centenaire a donc été l’occasion d’inciter à regarder Notre Dame de Reims autrement, plus attentivement, et à l’habiter également, lors des concerts, conférences et célébrations. La cathédrale est l’élément essentiel du rayonnement de notre ville, il faut que les Rémois sachent en parler.
Service Communication (S.C.) : La cérémonie officielle de remise des insignes a-t-elle déjà au lieu ?
Patrick Demouy (P.D.) : La remise de la décoration se fera dans le courant du mois de mars, des démarches administratives devant être respectées : la grande chancellerie écrit au récipiendaire lui demandant de choisir un parrain, lequel doit ensuite être agréé. Il faut organiser la remise de la médaille, moment à partir duquel il est possible de porter l’insigne, en l’occurrence le petit ruban rouge à la boutonnière. J’ai choisi pour parrain, l’un des amis identifiés comme acteur principal du complot qui est en l’occurrence, Camille Mangin, beau-frère du regretté Richard Vistelle, mais qui n’est pas du sérail universitaire. J’inviterai bien sûr quelques représentants des différents cercles auxquels j’appartiens : l’Université, des associations dans lesquelles je suis présent comme les amis de la cathédrale, l’Académie Nationale de Reims dont je suis le secrétaire général depuis trente-cinq ans, les amis du vieux Reims, sans oublier le monde du champagne qui est également un de mes centres d’intérêt (ndlr : Patrick Demouy fait partie de l’ordre des coteaux, s’intéresse à l’histoire de la vigne et du vin comme thématique de recherche et était de l’équipe qui a préparé le dossier du classement des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne au patrimoine mondial de l’UNESCO) : entre cathédrale et champagne, la région sera présentée dans toutes ses dimensions.
S.C. : Les huit-cents ans de la cathédrale avaient justement été l’occasion pour vous de publier Reims : la grâce d'une cathédrale, un ouvrage mettant à l’honneur Notre Dame de Reims ?
P.D. : J’ai effectivement été sollicité pour assurer la direction scientifique d’un ouvrage collectif réunissant une trentaine de collaborateurs spécialistes d’histoire, d’histoire de l’art, d’archéologie, de liturgie, de musicologie, pour proposer ce beau livre publié en novembre 2010 et qui est, dans une certaine mesure, un état ou une « somme », comme on pouvait le dire au 13e siècle, des connaissances sur ce sujet. C’est un ouvrage sérieux, sans doute érudit, mais qui se veut accessible à un large public, composé de différents chapitres relativement brefs et de belles illustrations permettant de s’y promener au gré de son humeur et de ses centres d’intérêt.
S.C. : Cette mission de vulgarisation revêt pour vous un attrait tout particulier ?
P.D. : Il est vrai que j’ai toujours été soucieux de la transmission, ce que j’appelle volontiers le rôle social de l’historien. Si un universitaire se doit de réaliser des travaux de recherches scientifiques, largement réservés à la communauté des spécialistes, il lui faut également transmettre et clarifier, terme que je préfère à celui de vulgariser, c’est-à-dire apporter avec les termes les plus accessibles possible une compréhension de ce qui est parfois un peu complexe. Dans cet esprit, il m’est arrivé de publier un certain nombre d’ouvrages pour le grand public mais aussi de me passionner pour une des missions que j’ai également à l’Université qui est l’Institut Universitaire du Temps Libre (IUTL) où la transmission des connaissances est tout aussi importante.
S.C. : Que représente pour vous cette distinction ?
P.D. : Recevoir le premier ordre national est une satisfaction qui donne l’idée de la reconnaissance d’un certain service accompli et surtout, pour moi, d’un service public. Je suis un vieux fonctionnaire de l’éducation nationale, ayant passé en 1969 le concours des IPES (Institut de Préparation à l’Enseignement Supérieur), concours qui se passait alors en fin de première année et vous aidait à préparer le CAPES et d’agrégation en tant que fonctionnaire stagiaire, et j’ai toujours enseigné depuis l’obtention de mon agrégation en 1973. Je l’ai eue pour mes 22 ans. Le décret du journal officiel porte 43 ans de service, essentiellement civil (mise à part une année de service militaire) et à tous les degrés d’enseignement puisque comme beaucoup de mes collègues, j’ai été professeur de collège, lycée, classe préparatoire, avant d’intégrer l’Université, ayant préparé ma thèse (ndlr : « Genèse d'une cathédrale : les archevêques de Reims et leur Eglise aux XIe et XIIe siècles ») pendant mes vacances et mes week-ends, ce que font encore beaucoup aujourd’hui d’ailleurs les jeunes historiens ; il est assez rare dans nos disciplines d’intégrer l’université directement car le recrutement suppose que l’on ait déjà une recherche consistante. Pendant longtemps, j’ai donc eu l’expérience de l’enseignement secondaire puis de l’enseignement supérieur, ce qui fait de moi un vieux routier de l’éducation. D’autant plus que je m’occupe de l’Institut Universitaire du Temps Libre, je ne dirai donc pas que j’ai enseigné à un public de 7 à 77 ans mais de 11 à 91 ans car nous avons quelques nonagénaires.
S.C. : Le public de l’UITL semble donc assez varié ?
P.D. : Oui tout à fait, étant constitué très majoritairement de retraités (la moyenne est de 67 ans), mais pas uniquement, car qui dit Institut Universitaire du Temps Libre (IUTL) suppose des personnes qui ont des loisirs pour se cultiver et nous ne voulons pas nous enfermer dans la catégorie du 3e âge. Son public est ainsi constitué de personnes volontaires, curieuses, non spécialisées, réunies dans une même envie d’apprendre, de se retrouver et d’échanger, venant exclusivement pour le plaisir puisque l’IUTL ne décerne aucun diplôme.
S.C. : Connaissez-vous certains de vos confrères et consœurs nominés cette année ?
P.D. : Je connais effectivement un certain nombre de mes « camarades de promotion » si je puis dire, que ce soit en Champagne ou dans d’autres universités et d’une manière générale je connais également bien les titulaires régionaux de l’Ordre, ceux-ci m’ayant déjà fait l’amitié de m’inviter à des conférences dans leurs cercles. Y ayant de nombreux amis, je m’y retrouverai donc en bonne compagnie et en pays de connaissance.
S.C. : A l’instar du dessinateur de BD Jacques Tardi également promu cette année, il n’a jamais été pensable pour vous de renoncer à cette insigne, au nom d’une certaine liberté de penser, incompatible avec cette distinction ?
P.D. : Non car comme je savais que certains mes amis me proposaient pour cette décoration, si je n’en avais pas été d’accord, je l’aurais dit avant, pour éviter de faire un scandale public. Recevoir un ordre national est un honneur qui est fait à un citoyen qui ne peut que le stimuler à servir encore davantage, cela dit, la légion d’honneur engage son titulaire à ne pas se conduire de façon déshonnête précisément, il ne faut donc pas prendre ce mot à la légère car le port de l’insigne suppose une conduite sinon exemplaire au moins exempte de critiques. Je ne connais pas Jacques Tardi mais celui-ci doit avoir des raisons qui le regardent et qui participent d’une démarche personnelle.
S.C. : Avez-vous en projet une prochaine publication ?
P.D. : Le prochain chantier éditorial est Une nouvelle histoire de Reims, rédigée avec plusieurs collègues qui sont ou ont été à la faculté de Lettres et Sciences Humaines et dont le premier volume, sur la métropole antique et médiévale, doit sortir cette année chez Dominique Guéniot. J’ai également été sollicité par un grand éditeur pour rédiger un ouvrage sur le sacre des rois de France, donc voilà du pain sur la planche pour les deux trois années à venir.
S.C. : Vous évoquiez plus haut l’IUTL, mais vous êtes également directeur adjoint du CERHIC ?
P.D. : Effectivement, le Centre d'Études et de Recherche en Histoire Culturelle rassemble les historiens de l’Université, historiens d’art et des musicologues, et leur donne l’occasion de coordonner leurs recherches par des thématiques arrêtées en commun. C’est un lieu d’échanges fort dynamique dont j’ai assuré la direction jusqu’il y a deux ans, je laisse donc maintenant la place à plus jeune que moi, étant en retraite d’ici trois ans, car il faut progressivement savoir commencer à passer le relais. Je ne suis pas adepte de la formule « après moi, le déluge » et nous avons de jeunes talents parmi nous qui heureusement nous rassurent quant à la pérennité du travail que nous pouvons accomplir à l’Université.
S.C. : Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
P.D. : Concernant le sujet d’actualité que représente le projet de Grand Campus 2020, j’indiquerais que je vois avec intérêt le souci d’en faire un lieu de vie dans la cité, ce qui rejoint mon engagement au service de l’IUTL. L’université tout au long de la vie doit être une réalité, il faut s’ouvrir sur la ville et sur les générations : espérons que nous aurons ainsi un bon outil de rayonnement !
Bio express de Patrick Demouy :
Professeur d’histoire médiévale à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, expert de l'histoire de la cathédrale Notre-Dame de Reims, Patrick Demouy est directeur de l’Institut Universitaire du Temps Libre (IUTL) et directeur-adjoint du Centre d'Études et de Recherche en Histoire Culturelle (CERHIC, EA 2616). Secrétaire général de l'Académie nationale de Reims, membre actif des Amis de la cathédrale ainsi que de la Société des Amis du Vieux Reims, il enseigne également à l’Institut Catholique de Paris. Remis au cours de la cérémonie officielle en mars prochain, le titre de Chevalier de la Légion d’Honneur viendra s’ajouter aux prestigieuses récompenses précédemment obtenues par celui-ci telles que Chevalier dans l'ordre national du Mérite, Commandeur des Palmes académiques, Commandeur dans l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand ainsi que Chevalier des Arts et des Lettres. M. Demouy a reçu en 2005, pour sa thèse d’Etat, le Grand Prix Gobert de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres.
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