Le football professionnel européen dans un système capitaliste financiarisé en crise : une approche régulationniste des facteurs de changement institutionnel

Mots clés en français : Football, Crise, Régulation, Financiarisation, Mésoéconomie, Problème du hold-up


Mots clés en anglais : Football, Crisis, Regulation, Financialisation, Meso-level, Hold-up problem

Résumé de la thèse en français :

L’idée que le football professionnel en Europe est en crise fait très largement consensus parmi les économistes. Dans notre thèse, nous montrons que ce diagnostic suppose de négliger un certain nombre d’éléments constitutifs de l’inscription du football dans le monde économique. C’est pourquoi, nous défendons que, loin d’être en crise, le football professionnel européen est, depuis les années 1980, dans une phase de très forte croissance. Pour ce faire, nous adoptons une démarche mésoéconomique régulationniste et procédons à une analyse systémique et multi-niveaux du football professionnel européen. Nous aboutissons ainsi à la caractérisation d’un « régime économique de fonctionnement » que nous qualifions de « financiarisé » compte tenu de l’instrumentalisation du football par des intérêts financiarisés et de leur influence sur les stratégies des acteurs traditionnels du football. Cette financiarisation du football engendre une forte instabilité de son régime puisque l’activité des clubs implique du déficit et du surendettement. En effet, l’incitation à la performance sportive (ligue ouverte), le fort pouvoir de négociation des joueurs (hold-up) et la souplesse de l’environnement réglementaire du football conduisent les clubs à des niveaux de dépenses élevés. Au contraire des « petits » clubs, cette situation n’est pas problématique pour les « grands » clubs, puisqu’ils sont soutenus par des agents à forte capacité de financement et tirent des revenus élevés de leur participation aux compétitions supranationales. Dans ce contexte, le régime est donc durable : sous l’effet de l’instabilité, les acteurs nouent de nouveaux compromis qui modifient les « dispositifs institutionnels » existants et rendent ainsi pérenne la logique de croissance en vigueur. Il y a donc régulation (au sens de la théorie de la régulation) du football. Il reste toutefois que ces modalités de régulation conduisent à accroître les inégalités entre les clubs et que cela pourrait, à terme, amener à une crise économique majeure du football professionnel européen.


Résumé de la thèse en anglais:

Economists argue that the European professional football is in crisis. This thesis discusses this postulate by testing the relationship between the changes in football and the transformations of modern capitalism. Our methodology is based on a meso-level analysis from the French “Régulation theory” which provides a systemic and multilevel analysis. The thesis thus emphasizes how the progressive integration of financialised interests in football has an influence on the strategies of football traditional stakeholders. It actually shows that the financialisation process of the European professional football leads to growth since the 1980s. However, this growth is rather unstable because losses and indebtedness are part of clubs activity. The incentive for sports performance (open league), the players’ strong bargaining power (hold-up) and the flexibility of the regulatory environment are the main determinants of the clubs’ high spendings. Contrary to the “small” clubs, this situation is not a constraint for the “big” clubs thanks to the financial contributions they obtain from their owners, from their funding partners and from their participation to supranational competitions. In this environment and despite instability, the growth regime remains nevertheless sustainable. The stakeholders create new compromises to reduce imbalances: these compromises are the roots for new institutional arrangements that finally support the growth logic which is in place. There is therefore a “régulation” in European professional football, that is to say a process that contributes to the reproduction of the sector. However, this process paradoxically increases inequalities and may encourage the conditions for a major economic crisis.