Rencontre avec Théodore Georgopoulos

Théodore Georgopoulos est enseignant chercheur à l'URCA et directeur du programme Vin et Droit qui a obtenu le statut de Chaire Jean Monnet pour la période 2015-2018.

Pouvez-vous présenter votre parcours ?

J’ai commencé mes études en droit international à la Faculté de Droit d’Athènes et j’ai poursuivi par un second DEA en droit communautaire à la Faculté de Droit d’Aix-en-Provence en 1998. J’y suis resté pour faire une thèse en droit européen comparé sur « L’impact du droit européen sur la séparation des pouvoirs en France et en Allemagne ». C’est seulement après mon post-doctorat aux Etats-Unis, à l’Université de New-York, que j’ai commencé à m’intéresser au droit vitivinicole. Je suis maitre de conférences à la Faculté de Droit de l’URCA depuis 2004 et je dirige le Master II en Droit du Vin et des Spiritueux ainsi que le programme Vin et Droit qui a obtenu la Chaire Jean Monnet. Ce programme est étroitement lié à l’Institut Georges Chappaz de la Vigne et du Vin en Champagne dont je suis le président.

Je suis également avocat spécialisé en droit européen et droit du vin et enfin expert auprès de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin.

En quoi consiste la Chaire Jean Monnet que vous avez obtenu en 2015 ?

La Chaire « Droit de la Vigne et du Vin » concerne la régulation européenne du secteur vitivinicole. Nous avons mis en place de nouveaux enseignements pour le Master « Droit du Vin et Spiritueux », notamment une simulation de procès de Droit Européen du Vin. A noter que le concours est ouvert à des équipes d’autres Universités et que les langues de travail sont l’anglais et le français. Les étudiants sont divisés en groupes et doivent préparer un sujet qui leur a été attribué ; trois mois plus tard ils doivent présenter leur plaidoirie devant un jury international de professionnels du secteur. C’est un exercice très formateur que les étudiants apprécient.

Quelles ont été les étapes de construction de votre projet Jean Monnet ?

La Chaire n’a jamais été un objectif en soi. Nous avons tout d’abord créé un module Jean Monnet. Le projet a été validé en 2009 par la Commission européenne et c’est en juin 2010 que nous avons mis en place la première session d’une Summer School accueillant des étudiants internationaux sur deux semaines. Les aides financières allouées par la Commission européenne ne sont pas négligeables mais ne permettent pas de financer toutes les activités que nous souhaitions mettre en place. Je dirais que le plus important dans ce projet a été d’obtenir le label Jean Monnet, qui nous a permis d’obtenir une véritable légitimité dans notre domaine. Ainsi, nous avons pu créer les partenariats nécessaires à la construction du projet, comme par exemple avec Moët Hennessy, qui sont encore valables aujourd’hui.

Le financement pour les modules a pris fin en 2012, mais nous continuons les Summer Schools chaque année. En juillet 2015, nous avons obtenu la validation de notre candidature à une Chaire Jean Monnet pour notre Programme Vin et Droit.

Nous avons également mis en place des séminaires internationaux regroupant à la fois des étudiants, des universitaires et des professionnels. Nous cherchons à partager et débattre sur le savoir de chacun et à motiver des jeunes chercheurs à présenter leurs travaux de recherches, pour qu’ils soient ensuite publiés dans les « Wine & Law Working Papers ».

Dans le cadre de la Chaire, nous sommes vivement encouragés à publier des manuels, revues, articles. Prochainement, nous souhaitons donc lancer une revue électronique qui comportera une partie scientifique et une partie type « blog » ouverte aux étudiants. Un manuel sur le Droit européen de la Vigne et du Vin est en cours de préparation, tandis qu’un ouvrage collectif sur le droit du vin et la santé publique est paru en février dernier.

Enfin, nous espérons l’ouverture pour la rentrée de septembre 2017 d’un Diplôme d’Université en « Journalisme vitivinicole » à l’URCA. Je pense qu’il y un manque de spécialisation dans ce secteur alors qu’il est important de former des professionnels du journalisme sur des questions liées à la vigne et au vin.

Quelle suite envisagez-vous pour la Chaire Jean Monnet ?

Pourquoi ne pas envisager un Centre d’Excellence après la Chaire, ou un Master conjoint Erasmus+ (anciennement Erasmus Mundus)… Je pense que chaque chose doit venir en son temps. Ce que j’envisage surtout c’est de continuer nos projets avec la même logique et développer encore plus l’internationalisation qui est un concept essentiel aujourd’hui. J’aimerais également que le programme conserve son interdisciplinarité : s’il s’appelle Vin & Droit et non pas Droit du Vin, ce n’est pas pour rien ! Les enseignements sont pluridisciplinaires et c’est une vraie valeur ajoutée au programme.

Avez-vous candidaté à d’autres projets européens ?

En plus de ces deux projets du programme Jean Monnet, l'Institut Georges Chappaz de la Vigne et du Vin en Champagne a également monté un projet Erasmus + de partenariat stratégique en collaboration avec l’Université de Chypre et des organisations vitivinicoles. Le projet, déposé en février dernier, a pour objectif de développer des formations à l’étranger de gestion et protection d’appellations d’origines centrées sur le concept de « cluster », pour des professionnels du secteur de la vigne et du vin.

Le mot de la fin ?

Contrairement à ce que l’on peut penser, les Chaires ne sont pas exclusivement réservées aux juristes ou aux politistes mais elles peuvent également s’adresser à des enseignants scientifiques qui donneraient une vision européenne à leur domaine d’expertise. Bref, une belle aventure !