Transformations du travail et temporalités

Transformations du travail et temporalités

Genèse

Ce thème est le produit du contrat précédent. Il se décline en 3 sous-thèmes :

Institution, Organisation, Métiers
Parcours, Trajectoires, Carrières
Corps au travail, Corps travaillé

Les 2 premiers sous-thèmes, issus de la reconfiguration du projet précédent, sont de thématiques historiques du Laboratoire. Il s’agit de saisir et de penser les transformations et évolutions du monde du travail, des métiers et des formes de professionnalisation. Le troisième sous-thème constitue la nouveauté. Le corps est au centre de la sociologie du travail. Il participe également du projet de création d‘un master « management du sport », adossé au CEREP, et de co-portage, avec les universités de Loraine et de Strasbourg, d’un nouveau Master thématisé autour de « sciences sociales et sport ».

Cette redéfinition s’est opérée à la faveur des travaux effectués (recherches financées, journées d’études, chercheurs invités, publications), et des recrutements d’enseignants-chercheurs. Cela s’est traduit par un enrichissement et une diversité des approches théoriques, des méthodologies déployées, mises en dialogue les unes avec les autres et des terrains de recherche, prenant en considération le travail salarié (public, privé), bénévole, indépendant, dans des secteurs touchant à la fois les industries, les services, le médico-social mais aussi des professions sportives, artistiques, intellectuelles, vitivinicoles, notamment.

Analyse des processus de professionnalisation

Les processus de professionnalisations sont saisis à différents niveaux d’analyse, articulant temps institutionnels (politiques) et temporalité individuelle :

- un niveau macro : temps long,

- un niveau méso : temps biographique,

- un niveau micro : temps du quotidien, de l’action ou de l’activité.

D’un point de vue diachronique, les processus de professionnalisation sont abordés d’une part au regard de l’enchâssement de périodes : la socialisation primaire, secondaire, les parcours scolaires et universitaires, la formation et les formes d’apprentissage tout au long des temps et des rythmes de la vie professionnels ou personnels. Mais ils peuvent être considérés, d’autre part, d’un point de vue synchronique de tension entre les dimensions institutionnelles, organisationnelles et ses effets sur l’action individuelle et la construction des parcours. Les dimensions de l’action dans ce qu’elles révèlent de tensions entre les attendus et la distanciation quant aux normes et aux contraintes organisationnelles, institutionnelles d’une part mais également des opportunités ou des impossibilités en termes de cheminement au regard des activités et des environnements de travail d’autre part, seront particulièrement ciblées. Elles interrogeront les formes de reproduction et d’action laissées possibles dans et par les processus de professionnalisation. Cela permettra d’appréhender les dynamiques caractéristiques et la définition de la professionnalisation de certaines activités, métiers, groupes sociaux, groupes professionnels, professions. Cela permettra également d’appréhender les dynamiques d’entrée en formation, dans le marché du travail ou dans l’activité professionnelle. Dans le secteur des associations sportives par exemple, le travail est objectivé comme une tension permanente et jamais résolue entre la vocation initiale et l’exercice de la profession. L’offre sportive associative est traversée par une injonction à s’engager et à se professionnaliser, tout en mettant à distance les aspects économiques de la relation de travail.

Selon une approche interactionniste, la professionnalisation est abordée en tant que dynamique de construction de métiers dans une économie relationnelle qui n’a de cesse de bouleverser les frontières classiques des professions, des groupes professionnels et des organisations établies.

La professionnalisation est également envisagée comme une forme de processus de stabilisation d’une activité de travail. C’est le cas par exemple de la médiation sociale qui dévoile un processus de division verticale du travail qui ne s’institutionnalise pas.

Mots-clés

Travail – Emploi – Parcours – Trajectoire – Carrière – Socialisation – Organisation – Institution – Corps – Apprentissages – Formation

Les sous-thèmes


Institution, Organisation, Métiers (Sous-thème 1)

Originalité du sous- thème

Ce sous-thème réunit des enseignant-e-s chercheur-e-s dont les travaux analysent, souvent dans une perspective croisée, les institutions, organisations et métiers de secteurs d’activité pluriels. A la santé, l’intervention sociale, l’industrie, fers de lance des réalités sociales et professionnelles considérées par le laboratoire, sont venues s’adjoindre, avec le recrutement de nouveaux membres et le déploiement de nouveaux programmes de recherche, les thématiques de l’emploi partagé, de l’enseignement secondaire et supérieur, des arts de la scène, des métiers du sport, de la vigne et du vin. Les travaux couvrent donc un champ large et diversifié de l’espace social et professionnel contemporain.

La richesse des approches épistémologiques et des terrains appréhendés a permis de bâtir progressivement une herméneutique conceptuelle articulant une perspective classique, dans le prolongement des conceptions durkheimiennes de l’Institution, à une seconde plus interactionniste et critique, discutant les notions de métier et ouvrant les frontières de l’organisation et de la profession classiques considérées davantage comme systémiques.

Les contours du sous-thème

L’Institution est dès lors envisagée comme un « ensemble de dispositions et d’aménagements culturellement fabriquées, transmises et qui tendent à se perpétuer et à se transmettre » (Demailly, 2012), soulignant les dimensions interactionniste et itérative de l’action humaine, marquée, loin s’en faut, par les traditions organisationnelles et professionnelles qui cadrent l’héritage du contexte situé dans lequel se déploie l’individu moderne. Dit autrement, ces travaux contribuent à l’enrichissement du paysage sociologique contemporain au sens où ils actualisent la dialectique bien connue entre : 1° les contraintes et déterminismes qui pèsent sur l’individu (les politiques socioéconomiques de l’enseignement supérieur, les clivages traditionnels entre professions du travail social, bref les héritages divers et variés qui conditionnent dans une perspective durkheimienne l’action individuelle) et 2° les marges de manœuvre dont disposent tout individu, capable de négocier, d’aménager ces contraintes à travers le déploiement de capacités d’action qui bouleversent les frontières, recomposent les formes classiques du travail contemporain.

Il s’agit donc d’envisager qu’un comportement ne peut se comprendre uniquement en restituant l’action dans un cadre qui contraint, dicte des lois, impose et prescrit des manières de faire, mais il faut également avoir en tête que toute organisation a ses zones obscures où l’individu tente de déployer ses marges de manœuvres, toute organisation révèle ce que Goffman (1964) nomme des zones « franches », c’est-à-dire des espaces qui échappent à la contrainte, pas uniquement à la vigilance comme s’il s’agissait de comportements subversifs, mais des zones non soumises au contrôle des dispositifs organisationnels et que les individus investissent pour atteindre leurs objectifs personnels. La problématique de la place des individus et du rôle qu’ils jouent est donc au cœur de l’analyse des organisations et des institutions.

Les métiers, professions et groupes professionnels sont une deuxième dimension au cœur des travaux des membres de ce sous-thème. La pluralité des réalités de terrain appréhendées est révélatrice de la diversité qui compose la sociologie actuelle des groupes professionnels (Demazière & Gadéa, 2009). Un dénominateur commun se dessine toutefois : les métiers et professions y sont saisis, restitués et pensés comme des processus interactionnistes et systémiques plus que comme des formes figées aux caractéristiques fonctionnalistes (Parsons, 1939 ; Wilensky, 1964). Les socialisations et identités professionnelles sont appréhendées dans les formations, les dispositifs pédagogiques et dans l’exercice pratique et concret du métier. Le métier, la profession s’élaborent chemin faisant, dans des jeux d’interaction entre les acteurs composant l’écosystème des groupes de travailleurs (Abbott, 2002). La professionnalisation rend donc compte des mécanismes par lesquels ces groupes façonnent leurs pratiques, se stabilisent dans la division sociale et morale du travail et conquièrent une légitimité à intervenir (Demailly, 2012 ; Abbott, 2004 ; Demazière, 2009). Dans ces conditions, la profession est un espace d’exercice et de légitimité, une forme organisationnelle. Les sociologies interactionnistes des groupes sont ainsi largement convoquées pour restituer les processus d’élaboration d’une assise dans la division du travail (Hughes, 1958).

Parcours, Trajectoires, Carrières (Sous-thème 2)

Originalité du sous-thème

Ce sous-thème interroge des approches longitudinales et ses temporalités (accès, insertion, maintien dans l’emploi, transition, reconversion, promotion, etc.), les formes de production des parcours, trajectoires ou carrières (selon l’option théorique retenue) et la part des politiques publiques dans ces constructions. Les méthodes quantitatives pour qualifier l’emploi, l’insertion et les parcours sont mobilisés et parfois croisées avec des approches qualitatives d’entretien ou d’observation. « Eclatées », les temporalités sont interrogées dans l’immédiateté des actes professionnels, de l’apprentissage ou de l’expérience ou sont considérées sur des périodes plus longues, au moyen d’enquêtes successives. L’accumulation d’expériences et l’apprentissage, loin d’être envisagés comme des faits purement individuels et singuliers, sont mis en relation avec leur contexte et avec les facteurs qui les déterminent. Les collisions des temps sociaux et des rythmes de l’activité, de l’âge, du genre sont analysées.

Le parcours (ou trajectoire, carrière selon l’option retenue) sera abordé à la fois comme processus d’apprentissage et d’expérience, comme processus de mobilité et de carrière et comme processus biographique. Des approches sont distinguées au cœur du sous-thème mais s’interrogent les unes les autres.

Les contours du sous-thème

L’approche en termes de parcours considère tout à la fois la segmentation de l’activité et ce qui est engagé par les acteurs dans l’activité professionnelle. Les rapports sociaux sont ici analysés dans ce processus, notamment les rapports sociaux de sexe. Sont ici interrogées les imbrications des différents moments de socialisation primaires, de formation ou professionnels. Les origines sociales, le genre, les parcours antérieurs, la spécificité du contexte de formation ou professionnel, les institutions traversées sont autant de schèmes unificateurs et différenciateurs de la construction de l’apprentissage et de l’expérience et de construction du parcours social et professionnel. C’est selon cette approche que seront par exemple analysés les parcours des étudiant-e-s, ou encore les irrégularités de l’emploi (intermittence, précarité, flexibilité, insertion, reconversion, chômage, sous-emploi). Dans d’autres cas, ce sont des valeurs individuelles qui vont être engagées pour défendre une conception du travail afin de se maintenir, de faire évoluer ou d’évoluer avec son poste ou quitter une entreprise. Les valeurs sont de l’ordre de « l’engagement », du « dévouement », du « don », de « la passion ». La défense d’une vocation ou du sens donné au travail est ici engagée dans les parcours de chacun.

Le terme de carrière professionnelle s’entend dans le sens interactionniste, carrière idéal-typique des personnels, notamment dans le secteur paramédical, y compris chez les cadres de santé. Cette approche prend en compte le cadre institutionnel et les arrangements locaux afin de saisir les régularités dans la construction des carrières. Il appréhende les différentes formes et étapes de socialisation dans ce processus de construction d’une promotion, de l’anticipation à l’acceptation, en passant par la négociation des règles imposées. L’analyse porte sur l’orientation de la carrière, révélant des étapes successives dans ce processus non stabilisé, réversible, jamais définitif.

L’approche en termes de trajectoire renvoie à l’analyse des transformations des modes de reproduction sociale. Les différentes trajectoires analysées des étudiant-e-s, des sportives/sportifs et des bénévoles seront autant de cas illustrant les relations systématiques entre des espaces : l’espace social, l’espace universitaire, le « marché » du travail et des organisations du travail.

L’approche en termes de biographie renvoie aux histoires de vie croisant la sociologie des parcours sociaux dans lesquels s’enchâssent les différentes sphères de la vie sociale (professionnelle, familiale, associative, etc.). Elle axe l’analyse sur la force de l’événement. Certains événements deviennent un événement biographique et sont compris comme une rupture dans l’ordre des choses, diffusant une force d’irréversibilité.

Si ces entrées renvoient à des cadres théoriques différents, la réflexion des chercheur-e-s portera sur leurs spécificités et les dialogues possibles.

Au regard des travaux des chercheurs, la dimension intergénérationnelle sera développée en interrogeant la transmission de certains capitaux culturels et sociaux mais également économiques (étudiant-e-s, monde vigneron). Par exemple, l’expérience individuelle des étudiant-e-s ou des vignerons est appréhendée conjointement à l’expérience collective de leur famille. Une place essentielle est accordée aux différences qui peuvent être observées entre les familles, mais aussi en leur sein, en fonction de la position, du rôle et de la trajectoire sociale de leurs divers membres.

Les processus de socialisation étant toujours dynamiques et jamais totalement aboutis, il est essentiel de prendre en compte les temporalités (socialisation anticipatrice, entrée dans le métier, etc.) et les processus de transmission qui consistent à acquérir des savoirs, des savoir-faire, des « savoir-être » propres à un groupe professionnel. Leur appropriation se fait souvent en situation, de manière informelle, par imitation, par incorporation progressive. Elle peut également se faire au cours des cursus de formation.

Les notions d’engagement interrogées dans les travaux des chercheurs continueront à alimenter la réflexion au travers des formes de militantisme, mais aussi de construction de la réputation, de la dignité, de la passion, du don, de parcours « remarquables », de professionnalité. Les définitions de l’engagement renvoient aux découpages et à l’articulation des différentes « scènes sociales », dont l’articulation entre la vie de travail et la vie sociale et familiale (Pailhé, Solaz, 2009).

Corps au travail, Corps travaillé (Sous-thème 3)

Originalité du sous- thème

Dans la continuité des deux précédents sous-thèmes, qui reposent respectivement sur des analyses de type systémique et biographique, l’enjeu de ce dernier sous-thème sera de saisir le travail en acte, l’activité professionnelle en train de se faire.

L’une des caractéristiques du travail, en tant qu’activité, est sa matérialité mais également la mise en jeu du corps qui l’accompagne, aussi importante ou réduite soit-elle. En effet, les pratiques professionnelles se déroulent dans des espaces dont les configurations sont diverses (usines, bureaux, espaces naturels, voire même à domicile, etc.) et nécessite l’usage d’une variété d’objets et de systèmes techniques (des outils “traditionnels” de l’artisan aux appareils électroniques contemporains, en passant par les systèmes de classement et prise de note, etc.). Le corps est également formé, déformé par le travail. Il est sans cesse mobilisé, comme le véhiculent les images de sens commun : depuis le corps fourbu de l’ouvrier à la chaîne ou du travailleur agricole, au corps tenu et discipliné du cadre supérieur, ou encore celui entraîné à la performance comme chez les musiciens ou les sportifs de haut niveau. Ainsi, ce sous-thème permettra d’aborder des questions touchant par exemple à l’usure professionnelle et à la santé, à l’adaptation matérielle des postes de travail, au vieillissement au travail, à l’organisation des espaces et des interactions au travail, mais aussi à certaine forme d’expertise technique incorporée.

Le monde sportif fait ici figure d’analyseur particulièrement pertinent, dans la mesure où le corps y est à la fois la finalité et le moyen de l’activité professionnelle, que l’on pense par exemple aux métiers de sportifs professionnels, entraîneurs, professeurs d’éducation physique, les activités physiques et sportives (APS) ayant par ailleurs donné lieu à une instrumentation grandissante (outils de mesure et d’aide à l’entraînement notamment). Ainsi, l’exercice des pratiques professionnelles relevant du domaine des activités sportives et des pratiques corporelles tend à produire des activités et des emplois aux caractéristiques singulières.

Contours du sous-thème

La proposition s’organise autour de deux entrées complémentaires.

Environnement matériel, objets et systèmes techniques au travail

Comme l’a bien montré Michel Foucault (1975), le gouvernement des corps est un élément essentiel de toute entreprise disciplinaire, qu’il s’agisse de rendre dociles les prisonniers d’un pénitencier ou plus efficaces et coordonnés les militaires de carrière. La régulation de l’espace et du temps dont dispose chacun, l’intégration de dispositif physique à l’environnement favorise le contrôle, l’exécution de la tâche attendue, voire son intériorisation. Avant de se tourner vers la question de l’emploi, la sociologie du travail a longtemps abordé le rapport entre les salariés et leur environnement technique. La période récente, tenant compte du discours sur la « dématérialisation du travail » (usage des outils numériques, travail à distance, etc.) montre un regain d’intérêt pour la compréhension du travail en train de se faire et la place qu’y tiennent les objets techniques, ceci à travers le développement d’une éthographie du travail (Weber, 1989 ; Arborio et. al., 2008 ; Buscatto, 2010) et l’importation des workplace studies anglo-saxonnes (Luff et al., 2000 ; Heath et al., 2000 ; Roy, 2006 ; Borzeix, Cochoy, 2008). De même, l’environnement matériel touche directement au sujet de la santé au travail (Gollac et al., 2014), comme le montre par exemple l’enquête en cours sur les musiciens, pour lesquels bouchons d’oreille, pare-son et chaises ergonomiques font figure d’enjeux important. Les objets sont également des outils d’encapsulation, permettant de matérialiser dans ou hors de l’espace de travail une série de symboles ou de valeur auxquels les individus sont attachés. A ce titre, la tenue vestimentaire et la présentation de soi pourront ici être analysées de manière spécifique, ces derniers ayant un rôle essentiel, mais souvent minoré, dans les interactions professionnelles (Hidri, Remichi, 2015). Ainsi, cette entrée, qui cherche à saisir comment l’environnement matériel travaille les corps et modifie l’exercice des activités, rejoint plus largement le regain d’intérêt pour la prise en compte des objets dans le cours de la vie sociale (Blandin, 2002 ; Houdart, Thiéry, 2011).

Incorporation du travail et emprise professionnelle

L’exercice d’une activité professionnelle est en grande partie fondé sur l’incorporation préalable de techniques du corps (Mauss, 1934) et de dispositions sociales particulières. Divers types de métiers impliquent l’acquisition d’un rapport au corps et d’une hexis corporelle (Bourdieu, 1989) qui distinguent ses membres des autres individus. Ainsi, une forme d’expertise corporelle caractérise de nombreuses activités et figure parmi les éléments centraux de la formation et de la professionnalisation (Gasparini, Pichot, 2011), ce qui rend nécessaire la compréhension des conditions de fabrication et d’expression de cette expertise des « corps travaillants ». Néanmoins, l’activité professionnelle produit également un « corps travaillé », dans le sens où celle-ci laisse sa marque sur les organismes, depuis l’attitude physique dont on ne peut plus se départir une fois quittée la tâche, jusqu’aux usures que peuvent produire les répétitions gestuelles et contraintes posturales ou encore les blessures et accidents inhérents aux conditions de travail. Se pose ainsi la question de savoir comment l’individu se maintient en activité avec un corps blessé, diminué ou vieillissant, autrement dit face à une vulnérabilité croissante. Enfin, dans de nombreux cas, le travail se déroule à travers une série d’interactions de « corps à corps » entre individus, qui peut conduire à de nombreuses situations d’emprise, notamment étudiée sous l’angle des rapports sociaux de sexes au travail (Angeloff, Labourie-Racapé, 2004) mais qui sont plus larges (Moyon de Baecque, 1997 ; Fassin, Memmi, 2004 ; Chateauraynaud, 2015). Sur cet ensemble de points, le domaine des activités physiques et sportives offre un terrain favorable au développement de recherches traitant du corps comme objet et vecteur de la professionnalisation. A titre d’exemple, pour se construire une identité professionnelle basée sur la transmission d’une expertise technique du geste sportif, l’éducateur ou l’entraîneur agit à la fois sur son propre corps et sur celui de l’autre. Objet et enjeu du « travail sur soi », le corps sportif incorpore l’expertise technique du geste sportif à travers une entreprise sans cesse renouvelée : entraînements, compétitions, etc. (Ehrenberg, 1991 ; Vigarello, 2004 ; Loudcher, 2011). De même, dans le sport de haut niveau, le corps au travail de l’athlète est à des degrés divers un corps sous emprise (celle d’un entraîneur, celle de l’ascèse que l’on s’impose soi-même, celle qu’impliquent les produits dopants, etc.). Dans leur rejet tacite du vieillissement, symbole de « laisser aller », de dégradation, d’affaiblissement de la puissance du corps, les corps sportifs incarnent aussi un rapport spécifique au temps, une « temporalité de l’immédiateté » (Bénévent, 2003), ce qui rejoint le questionnement sur les parcours traité dans le sous-thème n°2. La problématique du vieillissement du corps au travail dans le monde sportif se pose donc ici de manière particulièrement aiguë, et se révèle pour l’instant encore très peu étudiée (Hénaff-Pineau, 2009).

Cohérence interne du thème

Une cohérence épistémologique

Du point de vue des épistémologies convoquées pour rendre compte des évolutions modernes de l’action au travail, l’accent est notamment mis sur les perspectives interactionnistes des Écoles de Chicago, qui donnent toute leur force aux analyses des processus de professionnalisation.

Des terrains partagés

Les terrains d’enquête investis peuvent être regroupés autour des secteurs ou champs d’activités principaux suivants : le secteur sanitaire et social, l’enseignement, les arts du spectacle, le secteur industriel, le monde sportif, le monde de la vigne et du vin, le secteur associatif.

Une complémentarité méthodologique

Les méthodologies convoquées sont multiples, à la fois qualitatives et quantitatives. Il s’agit d’approcher le même terrain avec des échelles d’analyses différentes, mais complémentaires : recueil de données d’archives, de données institutionnelles, sociohistoriques, de données statistiques, de données issues de questionnaires, d’entretiens (semi-directifs, biographiques), de récits de vie, d’observations (participantes ou non participantes), etc.

Les interfaces internes et externes

Des interfaces internes et externes sont développées au travers de projets inter-thèmes en cours (le Projet DEP, Univigne, Cirque – voir le détail dans le bilan et les annexes), avec des partenaires locaux (Chaire d’Economie Sociale et Solidaire, les laboratoire de sciences économiques et de gestion –Regards-, de droit –CRDT-, le Pôle Recherche Formation Action Sociale –PREFAS- porté par l’Institut Régional de Travail Social –IRTS-, la SFR Bachelard en cours de création, l’Institut de la Vigne et du Vin Georges Chappaz, la Villa Bissinger, l’école de Management de Reims, NEOMA, l’Institut International de la Marionnette de Charleville-Mézières, le Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne, etc.), avec des partenaires régionaux (le Laboratoire Lorrain de Sciences Sociales, de STAPS de l’université de Lorraine, les Laboratoires SAGE, E3S, la chaire Jean Monnet de l’université de Strasbourg, etc.), avec des partenaires et réseaux nationaux ou internationaux (Centre Emile Durkheim de Bordeaux, Université Lille 3 - Arts du spectacle-, Université d’Angers et de Nanterre Paris Ouest-La Défense, Institut Universitaire de la Vigne et du Vin Jules Guyot de Bourgogne, Collectif Chercheur Cirque, GIS Genre, ARGEF, RING, réseaux du Travail social, etc.).

Forces vives

3 MCF HDR, 11 MCF :

Fabienne Barthelemy MC

Sophie Divay MC

Marc Falcoz MC HDR

Marc Fourdrignier MC

Samuel Julhe MC HDR

Emmanuelle Leclercq MC HDR

Nicolas Lefèvre MC

Florence Legendre MC

Vanessa Pinto MC

Odile Piriou MC

Ariel Sevilla MC

Jérôme Thomas MC

2 MAST, 4 chercheur-e-s associé-e-s

6 thèses en cours (dont 1 convention CIFRE, 1 financée MESR) ;

4 HDR en cours de préparation et de finalisation ;

6 recherches financées en cours (dont 1 ANR), 1 projet soumis.

(sur les recherches en cours, voir le détail en annexe)

Bibliographie

Abbott, A. (1988). The System of Professions. An Essay on the Division of Expert Labor. Chicago, IL.: University of Chicago Press.

Arborio, A.-M., Cohen, Y., Fournier, P., Hatzfled, N., Lomba, C., Muller S. (2008). Observer le travail. Histoire, ethnographie, approches combinées. Paris : Gallimard,.

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